Conférence «Caprices architecturaux – Mythologies urbaines» de Marius Gindac

École d'architecture - Amphithéâtre (2117)

Caprices architecturaux
Mythologies urbaines — Marius Gindac

Une ville existe aussi à travers les images qui la précèdent. Avant même de la parcourir, nous croyons déjà la connaître : quelques monuments, une silhouette, un nom ou un personnage célèbre suffisent à faire surgir tout un imaginaire. Venise, Montréal, Québec ou New York deviennent ainsi des constructions mentales nourries de souvenirs, de représentations touristiques, de récits et d’images largement diffusées.

C’est dans cet espace entre réalité et imaginaire que s’inscrit la notion de caprice architectural. Dans la tradition du capriccio, des architectures réelles sont déplacées, combinées et recomposées pour créer des lieux qui n’existent pas. Le Capriccio avec un arc de triomphe romain de Canaletto en est un exemple : des éléments observés avec précision sont réunis dans une scène inventée. Cette manière de transformer le réel tout en conservant son apparence de vérité est au cœur de ma démarche.

Dans mes dessins à l’encre et au graphite, je cherche à créer cette même ambiguïté. Des monuments, des architectures et des figures reconnaissables sont assemblés, déplacés ou amplifiés pour construire de nouvelles villes imaginaires. Le dessin à la main joue ici un rôle essentiel : par l’accumulation des traits, des ombres, des textures et des détails, il donne une présence concrète à des images qui, autrement, pourraient être immédiatement reconnues et oubliées.

Le temps consacré au dessin permet alors de ralentir le regard. Une architecture que l’on croit connaître devient progressivement autre chose : un fragment de mémoire, une construction imaginaire, parfois familière, parfois étrange ou démesurée. Entre précision et invention, entre fascination et inquiétude, ces caprices architecturaux interrogent ainsi la manière dont les images construisent notre perception des villes — et la manière dont, à notre tour, nous pouvons les transformer par le dessin.

Marius Gindac